27
mar

Le Prince inconnu

   Posted by: Guillaume   in Non classé

Conte écrit pour un devoir de français dont le thème était : écrivez un conte philosophique à la manière de Voltaire dans Candide.

Où l’on découvre le Prince et sa vie

Le petit royaume de Limur était sagement gouverné par le Roi, et son fils le Prince se préparait à suivre les pas de son père. Il avait la chance d’être doté d’un esprit des plus vif, qui n’était heureusement pas totalement gâché par l’insipide éducation des multiples et inutiles sages du royaume. Mais il les croyait cependant aveuglement lorsqu’ils lui expliquaient, par de tortueuses formules arithmétiques, que le bon peuple Limurien ne pouvait qu’être la seule civilisation digne de ce nom sur la planète, qui par ailleurs se limitait pour eux, et donc pour lui, au Royaume. Ses journées étaient sagement réglées, et pas une minute de son temps si précieux n’était perdu. Il dormait jusqu’à tard dans la matinée -pour que le sommeil réparateur ait le temps de faire son effet-, il mangeait copieusement et longuement -pour faciliter la digestion-, il recevait les doléances des courtisans -un Prince doit être à l’écoute de son futur peuple-, il mangeait encore une fois -pour prendre des forces-, il se promenait paresseusement, écoutant d’une oreille la musique des musiciens attachés à sa personne, de l’autre la science du sage du jour -pour faire de l’exercice tout en se formant à la fois aux arts et aux sciences-, il passait voir son père -pour prendre exemple sur lui et sa façon de gouverner en écoutant les conseils avisés des sages-, il prenait son souper -léger, pour bien dormir- et il jouait, aux cartes ou aux dés -un peu de détente après cette journée si chargée. Il ne connaissait de son royaume que ce qu’il voyait depuis le promontoire au bout du parc, ou la grande ville animée qui s’étendait paresseusement au pied du beau château, et pensait tout connaître grâce aux sages. Il était respectueusement aimé de tous les courtisans, qui se pressaient autour de lui et étaient prèts à exaucer le moindre de ses désirs. Tous aspiraient à lui plaire, et il se complaisait au milieu de ce petit monde.

Comment le Prince se perd, et ce qu’il en devient

Une fois par mois, peut-être moins, le Roi pensait qu’il était temps pour lui et son fils de sortir et d’aller à la chasse loin de la ville. Et donc, contre l’avis des sages, le Roi partait, accompagné seulement de son fils et de quelques dizaines de valets. Ils partaient tous à cheval avec leurs meutes de chiens et les équipages de faucons. Lors d’une de ces parties de chasse, le Prince et l’un des valets partirent à la poursuite d’un beau cerf, qu’il n’attrapèrent jamais, et par la même occasion le Prince se perdit. Le Prince, égaré, loin des siens et de ses valets, fit longtemps marcher son cheval, se lamentant sur la perte de ses valets, et pleurant sur son sort, sans penser à prendre une direction particulière. Il tourna longtemps, tantôt à gauche, tantôt à droite, et finit de se perdre totalement. Mais ce qui lui manquait le plus, c’étaient les bons conseils de ceux qui l’avaient depuis toujours éduqué. Ils lui avaient sempiternellement communiqué leur immense savoir, et il se demandait pourquoi ce savoir ne lui permettait pas de retrouver le chemin de la civilisation. Mais son esprit égaré se souvint des paroles de l’un des sages : « on ne sait pas ce qui se cache au cœur de la foret. C’est donc nécessairement quelque chose de mauvais, car sinon on saurait ce qu’il y a ». Les craintes infondées du Prince redoublèrent encore, et il continua de marcher, arrivant bientôt dans une large clairière bordée de huttes sommaires.

Où le Prince retrouve la Nature

Les gens qui l’accueillirent avec joie bien qu’il fit peur avec sa mine décomposée étaient tous habillés de la même manière, qui consistait en un simple pagne accroché autour de la taille. Le Prince fut d’abord effrayé d’être tombé dans un endroit où la technique était absente et où la civilisation paraissait bien lointaine. Les habitants étaient tous armés, les uns avec des arcs, les autres avec des casse-têtes, mais personne ne menaçait l’étrange visiteur. Des enfants courraient autour du cheval, étonnés par ce si gros animal. Les femmes étaient sorties des cabanes, et le Prince se sentit penaud d’avoir eut peur d’eux. Leurs armes ne semblaient être faites que pour la chasse, et personne ne semblait vouloir attaquer le Prince. Le chef, ou celui qui paraissait diriger, fit un pas et pris la parole, dans la même langue que le Prince :
« -Bienvenue en notre humble village. Pouvons-nous vous inviter à partager en notre compagnie le repas du soir ?
-Messieurs, leur répondit le Prince, je ne peux qu’accepter votre offre au vu de mon épuisement. Mais avant tout, puis-je savoir où je suis ? Il me semble que nous sommes encore sur les terres du royaume d’où je viens, mais je n’avais pas connaissance d’un quelconque village à part Port-Royal.
-Tu es dans le royaume de Mère Nature. Nous venons d’elle, nous vivons grâce à elle en lui prenant ce dont nous avons besoin, et nous revenons à elle.
-Vous n’appartenez à personne ? Vous n’avez pas juré allégeance au Roi ?
-Nous doutons fortement que le Roi connaisse notre existence, et nous ne nous en portons que mieux. Nous vivons et mourons au milieu de notre mère à tous, ce que beaucoup d’autres villages ne font plus. Ils ont oublié leur origine, et vivent maintenant bien malheureusement. Mais trêve de paroles, et allons manger. »
Sur ce, ils guidèrent le Prince sous la plus grande hutte, où un repas les attendait à même le sol. Tout en mangeant, il écouta l’Ancien du village lui expliquer qui ils étaient :
«  -Nous nous appelons nous même le Peuple de la Nature, car comme nous te l’avons déjà dit, nous vivons avec elle, et non pas contre elle comme le font les bûcherons de ton peuple qui vivent à l’orée de la forêt et qui tuent à la fois les gardiens de la foret que sont les arbres et ses habitants, qui étaient là bien avant eux et qui méritent de vivre. Mais nous n’en voulons pas aux tiens, car il nous font du mal non pas méchanceté, mais par ignorance. C’est d’ailleurs le plus grand des maux de ton peuple, car vous êtes malheureux par ignorance des joies qui vous entourent. Mais reste quelque temps parmi nous, et réapprend à vivre. »
Le Prince, qui ne demandait qu’à enrichir son esprit et à se dégager du carcan d’ignorance que les sages lui avaient imposé, accepta avec gratitude. Il se disait « Quel malheur que ce ne soient pas eux qui ce soient occupés de moi depuis mon enfance! Ce n’est que maintenant que je me rends compte que l’on ne sait rien. Leur philosophie est : plus l’on apprend, moins l’on sait! Quelle justesse de raisonnement! »

Un mois plus tard, le Prince commençait à se dire qu’il serait temps qu’il retourne chez le Roi son père. Lorsqu’il avait appris au peuple de la nature qu’il était fils de Roi et qu’il serait un jour amené à gouverner le royaume, il avait répondu : « Et qu’est ce que ça va t’amener, à toi ? Est-ce que le pouvoir va réellement te rendre plus fort ? Tu oublieras le sens premier de la vie, qui est de célébrer et de respecter la nature en vivant avec, et tu devras écouter à longueur de journée les plaintes d’inconnus ou de courtisans. Est-ce ça, le pouvoir ? Le pouvoir de régler un conflit de propriété, de tuer qui bon te semble, est-ce ça qui est important dans la vie ? Tu n’auras pas plus de pouvoir que nous, car tu ne maitriseras jamais ta vie mais celle de tes sujets. Le pouvoir ne sert qu’à rendre malheureux. » Mais malgré tous ces avertissements, le Prince insista pour repartir du village, où il n’y avait pas un sage que tout le monde suivait mais que des sages que tout le monde écoutait. Ils lui offrirent une embarcation, mi-barque, mi-pirogue, et lui dire : « Suit le fleuve jusqu’à la mer, et après suit le soleil levant jusqu’à Port-Royal. Mais tu verras des stigmates causés par ton peuple bien avant de le voir lui même.

Où le Prince marche, et comment il réfléchit

Le Prince descendit donc la rivière, ce rappelant tout ce qu’il avait à apprendre aux sages du royaume. Il observait le havre de paix et de vie qui s’écoulait sous ses yeux tandis qu’il parcourait la rivière. La vie sauvage l’émerveillait encore malgré le temps qu’il avait passé près de la nature lors de son séjour dans le village du Peuple de la Nature. Ici, les seules exigences que les habitants avaient étaient celles de la vie. Le Prince réfléchissait : « Ce qui est admirable, se disait-il, c’est que dans cette forêt, tout le monde a sa place. L’un chasse, puis est chassé ; l’un mange, puis est mangé. Quel opposition avec nos villes, où les plus utiles manquent de tout, même de reconnaissance, et les plus oisifs sont les plus riches et les plus appréciés! » Alors qu’il arrivait près des côtes, il remarquât les ravages causés par les quelques expéditions de son peuple qui s’étaient aventurées sur le fleuves. Les arbres arrachés côtoyaient les cadavres d’animaux laissés sur place. Le Prince était révolté par cette vision : « Pourquoi avoir tué, se demandait-il, des animaux pour les laisser sur place ? Quel est l’intérêt d’arracher des arbres pour faire un feu alors que le sol est jonché de branches mortes ? » Sur ces pensées, il arriva à la mer. Il y laissa le radeau, et s’en fut en direction de la civilisation. Il marcha toute la journée, et observa les traces de plus en plus fréquentes du passage des humains vers lesquels il marchait. Le soir, il voulut se baigner, pour se laver et se détendre. Alors qu’il barbotait difficilement, un dauphin venu du large s’approchât observer cet intrus dans son domaine de jeux. Mais il se mit bien vite à jouer autour du Prince, qui se disait : « Voilà un bien bel exemple que l’on devrait tous suivre! Alors que l’on tue ce que l’on ne connait pas, comme dans la forêt, ou que l’on en a peur, les dauphins, eux, invitent au jeu. L’homme est-il une créature haineuse par défaut, où est-ce la société où il grandit et vit qui le pervertit ? Je devrais poser la question aux sages du Roi. Ils me prouveraient alors surement par a+b que l’on doit tuer les autres espèces si l’on ne veut pas être détrôné de notre statut auto-proclamé de roi de la nature. Quelle preuve que l’homme n’a pas sa place dans la nature! Il tue pour dominer, et non pour vivre » Sur ce, le Prince sortit de l’eau et s’endormit. Au matin, il repartit de bon pas. Mais il n’avait pas encore marché une heure qu’il trouva le cadavre du dauphin qui avait joué avec lui la soirée précédente. Il avait était tué par des pêcheurs car, étant prédateur lui aussi, le dauphin faisait fuir les poissons. Le Prince s’écria : « Quoi ? Il faut donc que l’homme tue tout, même ce qui est inoffensif pour lui, juste pour son bonheur personnel ? Quel égoïsme et quel cruauté de la part d’une civilisation prétendument éclairée! » Sur ces mots, il arriva aux portes du plus grand port du royaume, Port-Royal.

Où le Prince retrouve la civilisation

Le Prince, désirant connaître la vraie nature humaine de sa société, décida de cacher son identité. Il demanda donc un morceau de pain à l’auberge en se faisant passer pour un voyageur égaré. La seule réponse du tenancier fut : « Avez-vous de l’argent ? ». Comme le Prince n’en avait pas, il n’eut rien. Et où qu’il allât, les réponses étaient identiques. De même, il ne put trouver de place à bord d’une caravane en direction de la grande-ville, où se trouvait son foyer. Alors qu’il se lamentait sur le bord de la route, humilié, vaincu, blessé, et qu’il pensait dévoiler son identité, un homme sortit d’une pauvre masure, et lui parla :
« Étranger, j’ai entendu que vous vouliez aller vers la gran’ville. Je peux vous y mener, mais sans escorte et avec les étoiles comme seul toit la nuit. ». Touché par la générosité du pauvre homme, le Prince répondit :
« Je veux bien, mais je n’ai pas de quoi payer mon passage ». La réponse ne se fit pas attendre :
« Je le sais bien, c’est bien pour ça que je vous propose ma compagnie. Nous irons ensemble, gens de pauvre condition, en priant pour ne pas croiser le chemin de brigands, ou pire, de soldats. » Le Prince inconnu bondit :
« Comment ça, les soldats ? Ne sont-ils pas là pour garder la paix ? »
« Au lieu de la garder, il ferait mieux de nous la donner! Ce sont eux les plus dangereux sur les routes en ce moment. Le Roi croit gentiment que les soldats ce contentent de leur paye. Mais non! Plus ils en ont, plus il leur en faut. Et nous risquons d’en voir le résultat sur la route. »
Malgré ces craintes, ils partirent tôt le lendemain, après une nuit passée à même le sol dans l’insalubre masure du nouveau compagnon du Prince, lequel se dit avant de s’endormir : « Cela est étonnant. J’ai trouvé plus d’aide et de compassion chez ceux que l’on qualifie de rebut de la société que chez ceux qu’au château on appelle le bon peuple. L’argent ne fait pas tout, et rend bien malheureux. Pour preuve, le village de la nature, ou l’argent n’a pas cours, m’a accueilli gentiment et sans compensation pendant plus d’un mois. Il a même été triste de me voir partir. Ici, les gens ayant une quelconque situation sociale ne rêvent que de me voir partir. Décidément, si ce n’est pas la société qui pervertit l’homme, c’est l’argent. »

Comment le Prince redevient Prince

Le Prince et son compagnon marchèrent trois jours jusqu’à la grande-ville. Ils assistèrent de loin à ce que le compagnon avait prédit, c’est-à-dire une attaque de soldats, qui détroussèrent et tuèrent en règle une caravane de sel. Ce fut pour le Prince l’occasion de se dire que décidément le prétendu savoir du Roi était bien erroné : « Mon père ne connaissait pas l’existence du peuple de la nature alors que celui-ci vit sur les terres du royaume. Mais c’eût put être compréhensible, tant celui-ci cache son existence pour vivre tranquillement. Mais les soldats, engagés pour protéger le peuple et qui lui font plus de dommage que les brigands, cela n’est pas normal. Comme quoi, le Roi mon père devrait mieux se renseigner sur son peuple au lieu de se fier aux avis de personnes à mon avis aussi corrompues que ces soldats. » Mais ils arrivèrent sains et saufs à la ville et se séparèrent. Le Prince courut au château se faire reconnaître, mais le portier ne voulut le faire entrer. Le Prince obtint que l’on appelle le conseiller principal du Roi, qui était d’habitude mielleux avec le futur roi. Mais celui-ci ne voulut pas non plus que le Prince rentre, disant :
« C’est malheureux à dire, mais le Prince, fils de mon seigneur, est mort. Cela ne peut donc être vous. Vous avez d’ailleurs l’honneur de parler au futur Roi de notre grand royaume, car j’hériterai de l’intendance. Et maintenant, partez! » Le Prince, confus et spolié, allait partir, lorsque l’un des conseillers de sa majesté sortit et le reconnu. Il l’introduit auprès du Roi, qui reconnu lui aussi son fils, qui reprit sa vie de château. Mais il était bien triste, car il se disait : « J’ai perdu mon chemin, j’ai retrouvé un sens à la vie, j’ai perdu des amis et de vrais sages, j’ai retrouvé la civilisation, j’ai perdu mes illusions, tout ça pour retrouver ma place de départ! J’espère au moins que je serai bon roi. »

Comments are closed at this time.